Le live et le streaming pour pallier la fermeture prolongée des théâtres
mardi 09 mars 2021

La fermeture prolongée des théâtres depuis 2020 a engendré des projets innovants pour faire face à la crise sanitaire et à la désertion des salles. Les théâtres de l’agglomération lyonnaise en proposent désormais certaines de leurs pièces en live ou streaming pour continuer à faire vivre le théâtre malgré la fermeture des salles aux spectateurs. La création continue, mais la diffusion aussi grâce à ces captations qui rétablissent un contact entre artistes et publics. 

 

Les 5 et 6 février 2021, le théâtre du Gai Savoir proposait un premier live avec le collectif Odradek : Macbeth. Un premier direct pour le collectif qui n’avait jamais expérimenté le dispositif. Le public était au rendez-vous, avec environ 80 visionnages du live et de nombreux commentaires en direct sur Youtube. 

Pour les comédien·ne·s de Macbeth, le live au théâtre, ce n’est : “ni du théâtre, ni du cinéma, mais un entre-deux qui fait peur d’abord, mais qu’il faut découvrir et expérimenter”. Le fonctionnement était simple et efficace pour ce spectacle : un lien était donné pour réserver sa “place”. Une participation financière est possible pour soutenir le collectif. Tout est fait pour ressembler le plus possible à une réservation “classique” d’un spectacle. Cependant, c’est un “visionnage” que l’on réserve, en indiquant le nombre de personnes qui seront devant l’écran. Un lien nous est ensuite envoyé la veille au soir avec un message de remerciement et de présentation chaleureux. Il ne nous reste plus qu’à cliquer sur le lien un peu avant 20h le soir de la représentation et à profiter du spectacle. Lors de la rencontre en direct proposée après le spectacle, les comédien·ne·s ont évoqué la difficulté d’adaptation à la captation. Ils étaient perturbés par la caméra qui suivait leurs mouvements, par l’absence du public dans la salle. Ils avouent s’être sentis “soutenus” mais pas “regardés” : soutenus par des messages en direct des spectateurices et regardés par des caméras.

 

Dans un tout autre registre et d’une toute autre manière, le théâtre Comédie Odéon proposait le 31 janvier l’une de ses productions : Les Naufragés, en direct du festival d’hiver d’Avignon. Pas de réservation obligatoire, seulement un lien sur la page Facebook du théâtre, menant au live en accès libre sur Youtube. Pas de présentation particulière, pas de conclusion ; l’entrée en matière se fait comme pour un film : on est directement plongés dans la pièce. Le spectacle étant radicalement différent, la captation l’est aussi. Il n’y a pas de mouvements de caméra pour celui-ci, le comédien ne bouge pas, on remarque seulement des zooms parfois.

 

De nombreuses difficultés se posent lors des lives notamment l’attention des spectateurices devant un écran, car le théâtre n’est pas fait pour être filmé, et l’absence du public pour les comédiens les oblige à s’adapter au regard froid d’une caméra. Cependant, le live reste un moyen de faire vivre le théâtre en venant au public directement chez eux. Il permet de garder le lien, même de façon incomplète, avec les spectateurices. Pour les comédiens, c’est un moyen de diffusion car ils peuvent jouer, même si c’est devant des sièges vides, il savent qu’un public les regarde.  Le théâtre continue de vivre mais reste-t-il vivant ? Les captations sont-elles un bon moyen de rétablir un contact avec les spectateurs ? Sont-elles surtout l’unique moyen (en hiver du moins lorsque les représentations en extérieur sont impossibles) ? C’est autant de questions que vont devoir se poser les théâtres à propos du live.